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Héloïse passante d'une saison
 
Poèmes et textes de peau d'asphalte
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Numéro 13 Aug 28, 2008 11:02 pm
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Les chevaux de braise ont envahi ma nuit
Je ne dormirai plus
Il était temps
Que les crinières métalliques tailladent mes veines
La mort sur le dos d’un mustang vaut bien la mort
D’une fausse infante défenestrée

Il était temps que demain ne revienne plus
J’en ai vu assez de ces aubes où l’esprit est plus vif que le corps
Je n’ai plus la force de recréer mon visage
De me vêtir pour ne pas subir la froidure des loups urbains
Et de marcher, marcher jusqu’au retour des chevaux

Je n’ai plus de demeure, plus d’espace pour dormir
Ainsi je passe devant les soldats aux bras croisés
Ils rient de mes poignets aux veines tranchées
Mais ici c’est devenu presque l’Amérique
Les portes des hôpitaux sont fermées aux indigents
Les porches des immeubles sont jonchés de corps barbares

Même les enfants fuient la laideur de ma désespérance
Je n’ai plus le droit de flotter avec eux
Sur les nuages nucléaires de leurs bacs à sable
Je n’ai plus le droit de m’asseoir sur les bancs
Près des mères aux lèvres médisantes et aux cheveux ras
Je n’ai plus aucun droit puisque l’amour m’a été ôté

Les soldats décroisent les bras quand je passe dans ta rue
C’est mauvais signe
Ils discutent fort de ma maigreur, de mes pieds nus
Ils soupèsent en gestes obscènes chacun de mes os
Je tire sur ma robe d’indigente pour cacher mes genoux sales
Je ne fais que découvrir mes seins de femme stérile

Toi ! Toi ! Et toi aussi !
J’en fais partie. Même si mon œil mal voyant ignore tout
Le dernier des derniers métros est pour Toi ! Toi ! Et moi aussi
Malmenées par les soldats aux kalachnikovs
Il faut obéir et baisser nos yeux sans paupières
J’ai déjà oublié ce que j’étais pour toi mais je pars

Héloïse Cerboneschi
Jeudi 8 août 2008
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La guerre vue par une poétesse Aug 10, 2008 2:21 pm
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La guerre vue par une poétesse

C'est avec grâce qu'un soldat meurt au ralenti
Il tombe
Il tombe devant mon regard admiratif et attentif, déployant lentement ses quatre membres
Ses bras d'abord, puis ses jambes, tandis que son cou fléchit vers l'arrière
Sa tête heurte un sol labouré par les bombes et son casque, jugulaire arrachée, vient rouler à mes pieds
Tout son corps s'allonge enfin dans la plus sublime des attitudes
Le jeune soldat devient un jeune gisant
C'est effroyablement beau
Tout est sépia
La couleur du sang se confond avec la couleur de l'uniforme
C'est dommage ! J'aurais voulu savoir quelle blessure a ainsi interrompu sa vie
Mais déjà, plus loin, un autre soldat meurt avec la même grâce
Je rapproche ma chaise pour ne rien perdre du spectacle
Celui-là est soulevé du sol par le souffle d'un engin explosif
Ses membres ondulent merveilleusement bien et ses longs doigts semblent pianoter
Chopin sans doute. Non pas une valse. Plutôt son étude révolutionnaire car la grâce prend des allures sauvages qui me rappellent le guépard au moment où il accélère sa course
Il retombe aux côtés du jeune gisant. Les longs doigts continuent à pianoter sur le sol puis se crispent sur le ventre
Je peux voir ses entrailles et je soupire. Il ne fera pas un beau gisant
Je suis déçue et je me lève pour partir
Le spectacle continuera sans moi

Héloïse Cerboneschi
Dimanche 10 août 2008
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Post scriptum Jun 27, 2008 4:02 pm
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Savoir que ma vie sera…
Non ! Ma vie ne sera pas
Puisque sans toi
Me fait vaciller
Et tomber dans ma tombe
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Armistice Jun 14, 2008 1:02 am
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J’ai cessé de compter les oiseaux morts
Ainsi je reste désœuvrée
Près du bassin où nage vaillamment
Mon dernier cygne noir.
Le joueur d’échecs poursuit sa diagonale
Rompue de sons bizarres.
Les arbres tombent par centaines
Puis se relèvent bravement.
C’est l’hiver de ta vie me dit un regard
Non ! Ce n’est qu’une saison trop longue.

Et mes jambes cassent comme du vieux bois
Du bois d’un arbre foudroyé
Par trois doubles guerres nucléaires.
Le joueur d’échecs disloque sa diagonale
Pour poser sa paupière d’achèvement infini
Sur ma terrible imposture.
J’ai mille saisons sépia au bord des lèvres
Et un enfant-flocon tombé dans l’Océan.
Déjà l’hiver m’entraîne au jardin clos
Clos par mes trois doubles échecs

Ce que l’on nomme hasard
N’est que la part exécutrice de la fatalité.

Héloïse Cerboneschi
Mercredi 23 avril 2008
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Autobiographie d'une Autre Jun 14, 2008 12:57 am
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Passeur des nuits demi-deuil
Sous ta barque est un bourbier où
Fragile la nuque s’endort
Et veillent stupéfaits les yeux blâmés

[Il m’a semblé avoir vécu
T’avoir empêché de dormir
Au-delà même
De mon incessante somnolence]

Passeur je t’attends sans broncher
L’impertinence de ta rame
M’amuse plus que l’obstination
Des morts à survivre

[Je t’écris ma joie de mourir
D’abandonner ma chambre démeublée
Ma mémoire exclut déjà
Tes moindres froissements]

Héloïse Cerboneschi
Le 29 mai 2008
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Pensées cosmiques 2 Jun 14, 2008 12:56 am
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Dans cette ville, où l’on ne naît ni ne meurt jamais par hasard, des hommes distribuent un bonheur malfaisant
Ni toi ni moi ne faisons la queue pour en prendre notre ration quotidienne

Ma passion de toi, mon mal de toi
Tiennent dans une seule main
Celle qui broie les étoiles pour en extraire la pulpe de la nuit
Dans cette main rustique, je garde un vestige de bonheur bienfaisant. Un bonheur qui n’existe plus
Toutes ces carotides tranchées, tout ce sang qui sert à teinter les vitraux des cathédrales, toute cette neige qui s’incruste jusque dans les orbites des statues…
Seuls les enfants restent impavides. Malgré leur cruauté, ils ont toujours cette grâce qui fait qu’on ne les confond pas avec les adultes. Pas encore…

Ce vestige que je garde dans ma main, je viendrai le déposer sur ton front le jour où je ne pourrai plus faire la guerre
Non Mon Amour ! Je ne sais pas quand je te reviendrai. Faire la guerre tous les jours m’épuise. Tant de sang dans les rues et si peu dans mes veines

Les quémandeurs de bonheur malfaisant sont de plus en plus nombreux. On a tracé des sillons partout pour eux. A condition de ne pas en sortir, ils sont dispensés de faire la guerre

Le petit garçon du quatrième étage a approché une chaise de la fenêtre de sa chambre. Puis il a appelé la petite fille du premier étage et lui a demandé d’apporter sa poupée. Il a posé la poupée en équilibre sur la rambarde de la fenêtre
Les enfants inventent des jeux de plus en plus effrayants

Je me suis enfin décidée à écrire la suite de tous les livres que je n’ai pas lus. J’ai retrouvé le titre de celui qui reposait sur le ventre de ma mère tandis qu’elle attendait ma naissance pour la dernière fois

J’aimerais revenir me coucher sur ton ventre. J’aimerais que tu ouvres les yeux pour l’étoile que tu as laissée mourir. Tes yeux sont restés fermés depuis si longtemps. Est-ce parce que tu as fait la guerre plus durement que moi ?
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Pensées cosmiques 1 Jun 14, 2008 12:54 am
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Je pense à l’étoile que tu as laissé mourir sur mon ventre et je vois, par delà mon rêve unique, grandir les citadelles de feu

La neige a eu un orgasme tardif. Un bandeau noir sur les yeux, les enfants balaient les squares pour dégager les soldats ensevelis
Je voudrais ne faire la guerre qu’un jour sur deux mais je saigne trop, tant et tant que les ailes des oiseaux sont devenues bleu de nuit
Il ne faut plus parler aux femmes qui dorment sous le Pont Neuf. Elles volent les vitraux des cathédrales pour orner leurs robes de pacotille

Et pourtant je crois t’aimer encore. Je crois même t’aimer davantage que celui que j’ai tué en oubliant de faire la guerre

J’écris une suite à tous les livres que je n’ai jamais lus. En fait il y en a bien peu et j’espère avoir terminé avant le prochain orgasme de la neige
Un soldat a été dégagé et ranimé par la petite fille du premier. Le conservateur du musée lui a donné une récompense magnifique mais il a fallu que le petit garçon du quatrième l’aide à trancher la carotide
Si seulement je pouvais me rappeler le titre du dernier livre que je n’ai pas lu. Je revois la couverture telle qu’elle m’est apparue posée sur le ventre de ma mère

Oui ! Je t’aime Je t’aime Je t’aime ! Il ne faut pas m’en vouloir si je laisse passer plusieurs orgasmes avant de revenir dormir dans ton lit blanc de neige

La neige a pris une drôle de couleur. Les enfants ne prennent pas assez de précautions pour dégager les soldats ensevelis. Il leur est formellement défendu de retirer leur bandeau noir
Une femme du Pont Neuf s’est noyée. Sa robe trop lourde l’a déséquilibrée et l’eau du fleuve s’est refermée sur elle telle une pieuvre aux tentacules multicolores. Les soldats ensevelis suppliaient que l’on fasse vite pour qu’ils puissent, eux aussi, admirer le spectacle
Je devrais cesser de penser aux livres que je n’ai jamais lus. L’étoile s’est incrustée dans mon ventre mais je n’ai plus de sang à lui offrir. Elle va mourir pour la seconde fois

Si je t’aimais moins, je serais déjà morte. Encore quelques orgasmes de neige et je te promets de revenir me coucher sur ton ventre. Tu sais bien que la neige a pris une couleur qui brûle à ma peau
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